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"Une pièce". Elle tend la main et demande une
pièce. Vétue d'un simple pagne et d'un tee-shirt patinés de poussière, une
jeune fille qui n'a pas 16 ans fait la manche. Une pièce pour manger. Pour
survivre. Devant ses frères, ses soeurs et ses cousins, elle fait l'aumone à un
Blanc comme tant d'autres jeunes filles du quartier de la Patte d'oie, un quartier
populaire de Ouagadougou, capitale du Burkina Faso. Quelle chance a cette jeune
fille africaine d'avoir une vie normale. Très peu à vrai dire. Peut être
deviendra-t-elle cuisinière à trimer toute la journée à vendre de la nourriture
au bord du goudron. Dans le pire des scénarios, elle vendra ses charmes dans
les rues de Ouaga à 2000 FCFA la passe (4000 FCFA sans préservatif) comme tant
d'autres jeunes femmes.
Elle tend la main mais elle n'entend pas ses soeurs ivoiriennes, NASH et PRISS K, qui se produisent en
concert gratuit ce soir là. "Respecte ton corps, fais toi respecter",
c'est le refrain efficace et explicite du show des rappeuses. L'un des moments
forts du festival Waga Hip Hop 8. La dernière édition du festival dédié aux
cultures urbaines qui s'est déroulée en octobre 2008 était justement consacrée
aux femmes. A la femme africaine plus exactement. Et il y a de quoi dire.
Mariage forcé, excision, polygamie, les combats pour une meilleure égalité
entre les hommes et les femmes en Afrique ne manquent pas. Dans des sociétés
africaines généralement très machistes, entendre une rappeuse engagée pour la
cause féministe est un moment rare et précieux...
Leurs discours, leurs engagements sont-il audibles ? On peut se poser la
question. L'émancipation de la femme compte finalement peu de combattantes sur
le continent. Quelques rares femmes politiques, quelques artistes, des
associations misérables, des ONG occidentales.
C'est dire si une jeune artiste ivoirienne comme Nash porte sur les épaules une
lourde responsabilité. Son talent brut, sa présence scénique, sa force
intérieure font d'elle une ambassadrice. Un concert est un moment de vérité. La
réaction du public ne trompe jamais. Avec Priss'K, alias la vieille mère, Nash a
marqué les esprits lors de ses deux prestations. Elle a prouvé qu'elle était à
la hauteur des espoirs d'une génération. Accompagnée d'un son massif, cette
vraie lionne a regardé le public ouagalais dans les yeux.
A 25 ans, Natacha Flora Sonloue aka Nash a déjà vécu plusieurs vies. Originaire
de Duekoue, elle grandit à Man dans l'Ouest de la Côte d'Ivoire. Installée dès
1998 avec sa famille à Yopougon, un quartier d'Abidjan, elle se produit dans
les sound systems sous le parrainage de Boni de R.A.S. ou de Joey Starr. Sa
prestation dans le style nouchy, un argot urbain ivoirien, cartonne auprès du
public. Djafoule !
Ses productions, ses clips, ses compilations l'ont fait connaître du public
ivoirien et international. La diaspora ivoirienne n'en croit pas ses yeux. Une
gamine qui enflamme les planches et allume le public, on a encore jamais vu ça.
Dans un morceau qui est une reprise en nouchy et un clin d'oeil au tube du
groupe zouglou Magic System, Nach défend la femme et lutte pour son respect et
son émancipation. Son style, son humour passent bien. Le message est d'autant
plus percutant.
Cette artiste aux allures de garçon manqué, qui se fait appeler la go cra cra,
ne manque pas d'ambition. Elle doit sortir son premier album solo à la fin de
l'année. Il s'appelera Zies Dedjas qui signifie les yeux ouverts en nouchy. Les
yeux ouverts pour porter un regard lucide sur les réalités qu'affrontent les
jeunes et les femmes ivoiriennes. La princesse nouchy parle des rapports
hommes-femmes et de la nécessité d'un changement de comportement des femmes
face aux violences des hommes.
Par Loss (www.staycalmproductions.com)
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